Guglielmo Pugi (1850-1915)
Télécharger en PDFGuglielmo Pugi est l'un des sculpteurs les plus représentatifs de la statuaire décorative florentine du tournant des XIXe et XXe siècles. Maître de la taille directe dans le marbre de Carrare et l'albâtre de Volterra, il dirigea à Florence un atelier familial qui travailla massivement pour l'exportation, en particulier vers les États-Unis. Son nom désigne autant un homme qu'une maison : celle qu'il fonda avec ses deux fils et que ceux-ci poursuivirent après lui.
De Fiesole à Florence
Guglielmo Pugi naît en 1850 à Fiesole, sur les hauteurs qui dominent Florence. La Toscane est alors le cœur d'une industrie du marbre séculaire, qui tire sa matière des carrières de Carrare et son savoir-faire d'une tradition de taille ininterrompue depuis la Renaissance. À partir de 1870, Pugi s'installe à Florence, où il résidera jusqu'à sa mort et où il établit son atelier de sculpture.
La ville est à cette époque l'un des grands centres européens de production de statuaire décorative. Les ateliers florentins fournissent les demeures et les jardins de toute l'Europe et, de plus en plus, de l'Amérique : bustes, figures allégoriques, groupes d'après l'antique, vasques et fontaines quittent le port de Livourne par navires entiers. C'est dans cette économie que s'inscrit l'entreprise de Pugi.
La maison Guglielmo Pugi e Figli
L'atelier est une affaire de famille. Pugi y associe très tôt ses deux fils, Gino, né en 1877, et Fiorenzo, né en 1880, sous la raison sociale « Guglielmo Pugi e Figli ». Après la mort du père en 1915, les deux frères assurent la succession et poursuivent l'activité sous le nom de « Fratelli G. e F. Pugi », également connue sous l'appellation anglaise de Pugi Brothers.
Cette organisation explique une particularité des œuvres sorties de la maison : beaucoup sont signées du seul patronyme Pugi, sans prénom. La signature désigne alors l'atelier autant que la main d'un sculpteur en particulier, usage courant dans les grands ateliers florentins de cette période, où le maître conçoit le modèle et où l'exécution est partagée entre plusieurs praticiens.
La matière et la manière
L'œuvre de Pugi se caractérise par la taille directe, pratiquée dans deux matériaux : le marbre de Carrare, blanc ou veiné, et l'albâtre de Volterra, matière translucide dont la Toscane possède le monopole historique et qui autorise des effets de lumière impossibles avec le marbre.
Son répertoire est celui du goût de son temps. Il sculpte des bustes de jeunes femmes, souvent coiffées de fleurs ou de voiles, dont le drapé fluide et le modelé délicat relèvent de l'esthétique Art nouveau ; des figures allégoriques, saisons, muses, personnifications des arts ; des compositions à l'antique inspirées de la statuaire gréco-romaine, comme les bustes de Diane ou de divinités. Les sujets animaliers, en revanche, sont rares dans sa production.
La virtuosité technique est la marque de l'atelier : finesse des chevelures, transparence des voiles rendue par l'amincissement du marbre, contraste entre surfaces polies et parties laissées brutes. Cette maîtrise, héritée de la tradition florentine, est ce qui distingue les productions de la maison Pugi de la statuaire d'exportation courante.
Les expositions internationales et le marché américain
La maison Pugi travaille avant tout pour l'exportation, et particulièrement pour les États-Unis, où la fortune industrielle de la fin du siècle nourrit une demande considérable de sculpture décorative européenne.
Cette clientèle se conquiert dans les grandes expositions internationales. L'atelier est présent à l'Exposition panaméricaine de Buffalo en 1901 — plusieurs sculptures issues de cette manifestation ornent encore aujourd'hui les parcs de la ville — puis à l'Exposition universelle de Saint-Louis en 1904, où le catalogue officiel mentionne, au Palais des Manufactures, les « statues, bustes et groupes en marbre » des frères Pugi de Florence.
Œuvres et postérité
À côté de la production destinée au marché de la décoration, plusieurs groupes et portraits de Guglielmo Pugi figurent au Museo storico dell'alabastro de Volterra, institution consacrée à l'histoire de l'albâtre toscan. Sa Jeune fille au papillon, datée de 1902, est conservée au musée central d'État du Kazakhstan à Almaty. Son nom est répertorié au Nuovo Dizionario degli Scultori Italiani dell'Ottocento e del primo Novecento d'Alfonso Panzetta, ouvrage de référence sur la sculpture italienne de cette période.
À voir également
L'Art nouveau — Le marbre de Carrare — Le marbre statuaire — L'albâtre — Egisto Gajani — Le style néoclassique — Le Grand Tour
Bibliographie
Primary sources
Official Catalogue of Exhibitors, Universal Exposition, Saint Louis, 1904, St Louis, 1904, p. 131 — listing the "statues, busts and groups in marble" of the Pugi Brothers of Florence in the Palace of Manufactures.
Pan-American Exposition, Buffalo, 1901 — participation of the Pugi workshop; several sculptures from the exhibition can still be seen in the city's parks.
Institutional records and resources
Musée d'Orsay, Paris, directory of artists and figures, entry for "Guglielmo Pugi"; works relating to the artist are held in the museum library (CCBMN catalogue).
Museo storico dell'alabastro, Volterra — collections devoted to the history of Tuscan alabaster, holding several groups and portraits by Guglielmo Pugi.
Works cited
Alfonso PANZETTA, Nuovo Dizionario degli Scultori Italiani dell'Ottocento e del primo Novecento, 3e éd., Turin, Umberto Allemandi & C., 2003, vol. 2, p. 703 et 761.
Girl with a Butterfly, 1902, Central State Museum of Kazakhstan, Almaty.


