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Jules Cantini fut le plus important marbrier du Midi de la France au XIXe siècle. Fils d'un maçon italien, il bâtit à Marseille une entreprise qui exploitait ses propres carrières, de Vitrolles à Carrare et jusqu'en Algérie, et fournit en marbre les grands chantiers de la ville. Devenu sculpteur par la fréquentation des architectes, puis mécène par la fortune ainsi acquise, il légua à Marseille son hôtel particulier et ses collections — aujourd'hui le musée Cantini.

Les origines

Jules Cantini naît à Marseille le 2 février 1826. Son père, Gaétan Cantini, est un maçon d'origine italienne établi dans la ville au début du siècle, à qui l'on doit notamment la démolition de l'aqueduc de la porte d'Aix en 1823, préalable à la construction de l'arc de triomphe. Sa mère se nomme Thérèse Farci.

Orphelin à cinq ans, Jules entre en 1837 à l'école gratuite de dessin de Marseille, future école des Beaux-Arts, en même temps que son frère aîné Pierre, qui fonde rue des Beaux-Arts un atelier de sculpture décorative. C'est dans cet atelier que Jules fait ses débuts.

Le marbrier

La carrière de Cantini est d'abord celle d'un industriel du marbre. Il exploite les carrières de marbre rouge de Vitrolles, puis acquiert des carrières en Italie, à Carrare, et en Algérie. Sur les indications de monseigneur Robert, évêque de Marseille, il découvre et met en exploitation des carrières de marbre de couleur ivoire.

À la mort de son frère Pierre en 1851, il reprend l'entreprise familiale, l'installe avenue du Prado et la modernise. Il détient un brevet d'invention pour une scierie mécanique et recourt à la machine à vapeur, ce qui lui permet de débiter le marbre à une échelle sans rapport avec celle des ateliers traditionnels. Il possède des scieries dans les quartiers du Rouet et de Bonneveine. En 1856, il épouse Rose Louise Augustine Lemasle.

L'entreprise devient incontournable à Marseille et participe aux grands chantiers publics de la ville, au premier rang desquels la cathédrale Sainte-Marie-Majeure, dite la Major. Cantini présidera dix années durant la Chambre syndicale des entrepreneurs de bâtiments de Marseille.

Le sculpteur

C'est sur le chantier de la Major que Jules Cantini rencontre l'architecte Léon Vaudoyer. De cette rencontre naît une seconde carrière : celle de sculpteur. Il exécute les autels de la cathédrale et une série de statues, et plusieurs églises de Marseille conservent ses œuvres.

Sa production relève d'un art officiel, nourri de références classiques et italiennes. Il livre ainsi en 1903 une statue de David d'après Michel-Ange, installée avenue du Prado, et dessine les plans de la fontaine monumentale de la place Castellane, exécutée en marbre de Carrare et offerte par lui à la ville en 1911 — la « fontaine Cantini », qui demeure l'un des repères du centre de Marseille. Il est nommé officier de la Légion d'honneur en 1908 et dirige l'Académie de Marseille.

Le mécène

Fortune faite, Cantini consacre une part croissante de ses moyens au mécénat. Il acquiert en 1888 un hôtel particulier du 19, rue Grignan, bâti en 1694 pour la Compagnie du Cap Nègre, qui commerçait le corail des côtes de Tunisie. Il y réunit ses collections de sculpture sur bois et sur marbre et y confie dès 1912 des estampes au musée du Vieux-Marseille.

Par testament, il lègue à la Ville de Marseille l'hôtel de la rue Grignan et l'ensemble de ses collections, à la condition expresse qu'il devienne un musée d'art décoratif. Il lègue également à la ville et aux hôpitaux une trentaine d'immeubles.

Jules Cantini meurt à Marseille le 12 décembre 1916, à quatre-vingt-dix ans. Il est inhumé au cimetière Saint-Pierre.

Postérité

L'hôtel de la rue Grignan ouvre au public en 1936 sous le nom de musée Cantini. Devenu depuis l'un des grands musées français d'art moderne et contemporain, il conserve une collection de référence pour la période 1900-1980. Une avenue de Marseille porte également le nom du marbrier.

Son œuvre illustre un type d'entrepreneur caractéristique du XIXe siècle : celui qui, parti du négoce de la matière, maîtrise toute la chaîne — carrière, sciage, taille, sculpture — avant d'accéder à la commande artistique puis au mécénat.

À voir également

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Bibliographie

Reference entries

Institut national d'histoire de l'art, AGORHA database, entry "Cantini, Jules (1826-1916), Marseille" — sculptor, marble merchant and patron; archival sources and bibliography.

GrandPalaisRmn, artist entry "Cantini Jules".

Archival sources

Archives départementales des Bouches-du-Rhône, will of Jules Cantini (ref. 362 E 640) — bequest of the rue Grignan house and the collections to the City of Marseille.

Books

Robert LEVET, La Vierge de la Garde au milieu des bastions. Quatre siècles de cohabitation entre l'Église et l'Armée sur une colline de Marseille (1525-1941), Marseille, Paul Tacussel, 1994.

Régis BERTRAND and Lucien TIRONE, Le Guide de Marseille, Besançon, La Manufacture, 1991.

Institutions

Musée Cantini, 19 rue Grignan, Marseille — formerly Jules Cantini's town house, bequeathed to the City in 1916 and opened to the public in 1936.