Vallauris
Télécharger en PDFVallauris, dans les Alpes-Maritimes, est l'un des grands centres céramiques français. Longtemps vouée à la poterie culinaire, la ville est devenue au tournant des XIXe et XXe siècles, sous l'impulsion de la famille Massier, l'un des foyers de la céramique d'art européenne, avant de connaître une seconde renaissance au lendemain de la guerre autour de Picasso. Cette double histoire explique que le nom de Vallauris recouvre aujourd'hui des productions extrêmement différentes.
La terre et les origines
Tout part du sol. Le territoire recèle des argiles réfractaires d'excellente qualité, extraites de puits appelés localement les « terriers », qui supportent sans se fendre les chocs thermiques de la cuisson des aliments. Le nom même de la ville, Vallis Aurea — la vallée d'or — est attesté depuis le haut Moyen Âge.
L'activité potière proprement dite démarre à l'époque moderne. Dévastée par les épidémies de peste, la localité est repeuplée au début du XVIe siècle par une soixantaine de familles venues de la région de Gênes, parmi lesquelles de nombreux potiers. Les trois premières fabriques s'installent dans l'actuelle rue des Tours. Au XVIIIe siècle, la poterie a définitivement supplanté l'agriculture dans l'économie locale.
La poterie culinaire
Jusqu'au milieu du XIXe siècle, les fabriques restent de taille artisanale et produisent avant tout de la terraille : marmites, poêlons, terrines, daubières, fours de campagne, tournés puis simplement vernissés ou recouverts d'un décor jaspé. Cette production utilitaire s'exporte d'abord par mer depuis le port de Golfe-Juan, puis par le chemin de fer à partir de 1862, dont l'arrivée transforme l'échelle de la diffusion et permet aux ateliers de se structurer.
Les Massier et la naissance de la céramique d'art
Le basculement vers l'art est l'œuvre d'une famille installée à Vallauris depuis le XVIIe siècle. Jacques Massier (1806-1871) oriente déjà l'atelier familial vers des pièces décoratives — cache-pots, vases, pièces d'extérieur. Ses fils Delphin (1836-1907) et Clément (1844-1917), ainsi que leur cousin Jérôme Massier fils (1850-1916), franchissent le pas et abandonnent l'utilitaire au profit de la céramique artistique.
Leur formation doit beaucoup au céramiste bolonais Gandolfo Gaetano, installé à Vallauris au milieu du siècle, qui leur transmet plusieurs techniques dont celle de la faïence émaillée. Les trois manufactures Massier développent ensuite un vocabulaire propre : barbotines aux couleurs éclatantes, émaux de couleur incrustés, pigments métalliques et, à partir de 1886-1887, le lustre métallique irisé mis au point par Clément. Le fameux bleu de paon, lui, fut créé par Delphin avec sa mère Élisabeth.
Les Massier comprennent très tôt l'enjeu des Expositions Universelles et y multiplient les récompenses. Ils ouvrent des points de vente dans leur région mais aussi en Allemagne et en Angleterre, où ils deviennent fournisseurs de la Couronne. Leur production assure la transition entre la majolique victorienne et la céramique Art nouveau.
Le XXe siècle et Picasso
La production traditionnelle décline dans l'entre-deux-guerres. En 1938, Suzanne Douly (1905-1974), diplômée de l'École des beaux-arts de Lyon et formée à la céramique auprès du potier local Jean-Baptiste Chiapello, loue une fabrique de poterie culinaire désaffectée et fonde avec Georges Ramié (1901-1976) l'atelier Madoura — acronyme de « Maison Douly Ramié ».
En 1946, lors de l'exposition annuelle des potiers organisée au Nérolium, la coopérative agricole du village, Pablo Picasso découvre les pièces de Madoura et rencontre les Ramié. Il modèle quelques figurines, puis entame véritablement son travail de céramiste dans l'atelier en juillet 1947. Il s'installe à Vallauris en 1948 et y demeure jusqu'en 1955, créant plusieurs milliers de pièces dont Madoura assurera l'édition.
L'effet est considérable. La présence de Picasso attire peintres et sculpteurs, stimule l'émergence d'une nouvelle génération de potiers — Roger Capron, Jean Derval, Robert Picault, André Baud — et fait des années 1950 l'âge d'or de la « ville aux cent potiers ». L'image de Vallauris comme centre de poterie traditionnelle cède alors définitivement la place à celle d'une cité d'artistes.
Aujourd'hui
Vallauris conserve un ensemble muséal important réunissant le musée national Picasso « La Guerre et la Paix », installé dans la chapelle du château, le musée Magnelli et le musée de la Céramique, qui possède notamment des pièces de Clément et de Delphin Massier. L'atelier Madoura, propriété publique, est devenu un lieu d'art et d'histoire.
À voir également
Clément Massier — Delphin Massier — Jérôme Massier fils — Murano — La manufacture de Sarreguemines — La manufacture de Sèvres — L'Art nouveau
Voir nos céramiques, faïences et porcelaines
Bibliographie
Reference entries
"Céramique de Vallauris", Encyclopædia Universalis.
Institutions
Musée de la Céramique, Musée Magnelli and Musée national Picasso "La Guerre et la Paix", Vallauris Golfe-Juan — collections of Vallauris ceramics from the nineteenth century to the present day.
Town of Vallauris Golfe-Juan, heritage department — history of art pottery and of the Massier family.
Conseil départemental des Alpes-Maritimes, "Savoirs des Alpes-Maritimes" — documentary file on the Madoura workshop.
Atelier Madoura, Vallauris — collections of ceramics by Picasso and Suzanne Ramié.


