menu
Menu
account_box
Catégories
Contact
email Send us a message

Nous contacter

phone Par téléphone

+33 (0)1 42 25 12 79
Mar. - Sam., de 14h à 19h
+33 (0)6 60 62 61 90
Tous les jours, de 9h à 19h

email par Email

Plans & Adresses: contact@marcmaison.com

share Let's get social

Langue
Et aussi...
Ma sélection
(0 Objets)

Émile Gallé est l'une des figures les plus marquantes des arts appliqués de son époque et l'un des pionniers de l'Art nouveau. Verrier, mais aussi céramiste et ébéniste, chimiste autant que botaniste, il a imposé en une trentaine d'années un vocabulaire décoratif entièrement tiré de la nature. Fondateur et premier président de l'École de Nancy, il a fait de la Lorraine un foyer de création dont le rayonnement dépassa largement les frontières françaises.

Une famille d'art et de commerce

Émile Gallé naît à Nancy le 4 mai 1846. Son père, Charles Gallé, est peintre de formation et maîtrise l'art délicat de l'émail. Son mariage avec Fanny Reinemer, issue d'une famille de négociants en faïences et cristaux, oriente sa carrière : la maison devient « Gallé-Reinemer » en 1855, et Charles en prend la direction unique dès l'année suivante. D'abord simple maison de négoce et de décoration, elle commande ses pièces aux manufactures parisiennes de Saint-Denis et de Pantin, puis travaille en sous-traitance avec la verrerie de Meisenthal. Charles Gallé se spécialise dans le verre de couleur, émaillé et taillé à la manière du cristal de Bohême, et connaît un succès tel qu'à partir de 1854 les différentes résidences de Napoléon III lui passent commande. En 1867, il ouvre son propre atelier de gravure sur verre à Nancy.

C'est dans cet environnement mêlant art et commerce qu'Émile reçoit une éducation à la fois attentive et audacieuse.

Une formation de savant

Après des études secondaires au lycée de Nancy couronnées par le baccalauréat, le jeune homme part en 1865 à Weimar pour apprendre l'allemand et y poursuit des études de minéralogie. Il apprend ensuite les métiers du verre à la verrerie de Meisenthal, en Moselle, où il étudie la chimie verrière et pratique lui-même le soufflage, puis la céramique à la faïencerie de Saint-Clément. Il séjourne à Londres en 1871, ce qui lui permet d'apprendre l'anglais et d'approcher les sites cristalliers anglais.

À cette formation technique s'ajoute une culture naturaliste peu commune. Élève du médecin et botaniste Dominique-Alexandre Godron, Gallé nourrit toute sa vie une passion pour les sciences naturelles et pour les plantes, qui le conduit au dessin et dont ses travaux sur le monde végétal, longtemps méconnus, témoignent encore. Chimie, minéralogie, botanique : il aborde les arts décoratifs en savant autant qu'en artiste, et cette double compétence explique l'ampleur de ses recherches ultérieures.

Dès 1863, il collabore comme ornemaniste avec son père. En 1867, il rejoint la direction de la verrerie familiale et représente son père à l'Exposition universelle de Paris, où il obtient une mention honorable pour la verrerie. Il remporte une médaille d'or à l'Exposition universelle et internationale de Lyon en 1872, dans la classe des porcelaines et cristaux. En 1877, il reprend à son compte l'affaire familiale.

La faïence

Gallé est d'abord céramiste. Il rejoint son père dans son travail pour la faïencerie de Saint-Clément vers 1868 et y développe des modèles inspirés des styles Louis XV et Louis XVI, mais aussi des pièces plus inattendues, faïences anthropomorphes, animaux fantastiques, objets où l'humour le dispute à l'érudition héraldique. Cette production lui vaut encore une médaille d'or pour la céramique à l'Exposition universelle de 1889.

Privilégiant toutefois la verrerie d'art, plus recherchée, Gallé abandonne progressivement la faïence dans la seconde moitié des années 1890. Ses céramiques n'en constituent pas moins un pan entier de son œuvre, aujourd'hui conservé dans les musées du monde entier et notamment au musée de l'École de Nancy.

Le verre et les Expositions Universelles

Entre 1867 et 1894, la verrerie de Meisenthal sert de laboratoire à Émile Gallé, qui y mène des recherches techniques et artistiques sans précédent. Le succès vient par étapes. À l'Exposition universelle de 1878, ce sont les verres bleutés au cobalt dits « clair de lune » qui retiennent l'attention. À l'Exposition de la Terre et du Verre de 1884, il accompagne les verres qu'il présente d'une notice sur les matières et les formes, révélant l'ampleur de ses recherches chimiques et de ses expériences sur les émaux.

La consécration vient à l'Exposition universelle de 1889, où il reçoit trois récompenses — pour ses céramiques, ses verreries et son mobilier, dont un Grand Prix pour le verre — et où il est promu officier de la Légion d'honneur. Il triomphera encore à l'Exposition universelle de 1900.

Le 29 mai 1894, il met à feu sa propre cristallerie à Nancy, avenue de la Garenne. L'ensemble forme désormais une entreprise complète : une halle pourvue d'un four à quatre pots et de dix places de verrier, deux ateliers de décoration consacrés à la gravure à la roue, à la gravure à l'acide et à l'émaillage, installés face au bâtiment de 1885 qui abrite les ateliers d'ébénisterie et de céramique. Sur la porte en chêne massif sculptée par Eugène Vallin à décor de feuilles de marronnier, Gallé fait graver sa devise : Ma racine est au fond des bois.

Les inventions

La production de Gallé est soufflée, en verre et surtout en cristal, c'est-à-dire avec adjonction de sels de plomb. S'il connaissait la technique de la pâte de verre, il ne l'a pas pratiquée — celle-ci est le domaine des Daum, d'Amalric Walter ou de Décorchemont.

Son vocabulaire technique repose sur quelques procédés, souvent combinés sur une même pièce. Le verre multicouche, ou doublé, superpose plusieurs couches de couleur que la gravure à l'acide dégage ensuite pour faire apparaître le décor en réserve, selon le principe du camée appliqué au verre. La gravure à la roue, plus lente, est réservée aux pièces d'exception. Les décors intercalaires emprisonnent le motif entre deux couches de matière.

Ses recherches aboutissent au dépôt, le 26 avril 1898, de deux brevets : un « genre de marqueterie de verre ou de cristaux », qui consiste à insérer à chaud des fragments de verre coloré dans la paraison encore molle, et un « genre de décoration dite patine sur cristal et sur verre ». La marqueterie de verre est présentée la même année au Salon du Champ-de-Mars à Paris.

À ces procédés s'ajoute une pratique très personnelle : les verreries parlantes, pièces portant gravé un vers de Baudelaire, de Hugo, de Verlaine ou de Marceline Desbordes-Valmore, choisi en résonance avec le décor. La fleur n'est jamais chez Gallé un simple ornement : elle est porteuse d'un sens, souvent symboliste, parfois politique.

L'ébénisterie

En 1885, Gallé étend ses activités au meuble et fait construire les ateliers d'ébénisterie de l'avenue de la Garenne. Il y applique les mêmes principes que dans le verre : formes tirées du végétal et marqueterie d'une ambition inédite, mêlant des essences nombreuses — chêne, noyer, frêne, prunier, bois exotiques — à des matières rapportées comme la nacre ou le métal. Les meubles portent fréquemment le même répertoire naturaliste que les verreries, et parfois les mêmes citations poétiques. Son mobilier lui vaut l'une des trois récompenses de 1889.

L'École de Nancy et l'engagement

Engagé très tôt dans le renouvellement des arts décoratifs, Gallé diffuse largement des pièces de série de qualité grâce à l'industrialisation d'une partie de sa production. Il ouvre des dépôts de vente à Francfort en 1894 et à Londres en 1901, son principal concessionnaire étant Marcelin Daigueperce à Paris depuis 1879, auquel succède son fils Albert en 1896.

En 1901, il fonde l'Alliance provinciale des industries d'art, plus connue sous le nom d'École de Nancy, dont il rédige lui-même les statuts et devient le premier président. Le projet est explicitement industriel autant qu'artistique : mettre l'art au service de la production et faire de la Lorraine un foyer de création. Il réunit autour de lui Louis Majorelle, les frères Daum, Jacques Gruber, Eugène Vallin et Victor Prouvé.

L'homme ne se réduit pas à l'artiste. Dreyfusard convaincu, il fonde en 1897 la section nancéienne de la Ligue française pour la défense des droits de l'homme avec Hippolyte Bernheim et Charles Keller. Plusieurs de ses verreries parlantes portent la trace de cet engagement.

Émile Gallé meurt à Nancy le 23 septembre 1904, à cinquante-huit ans.

La maison après Gallé

La cristallerie ne s'éteint pas avec son fondateur. Sa veuve, Henriette Gallé (1848-1914), prend la direction des Établissements Gallé et poursuit la production. En signe de deuil, la maison fait alors précéder la signature d'une petite étoile, usage systématique jusqu'en 1906 puis plus rare jusqu'en 1914. La signature elle-même se standardise et perd le prénom de l'artiste : elle désigne désormais la Maison Gallé et non plus le verrier. Du vivant d'Émile Gallé, celui-ci ne signait d'ailleurs pas lui-même ses pièces, mais en confiait le soin à ses graveurs et décorateurs, choisissant personnellement le modèle de la signature pour les pièces de prestige — on en dénombre plus d'une centaine de variantes, dont la mention « Cristallerie d'Émile Gallé à Nancy », apparue en 1894.

À la mort d'Henriette Gallé, la direction passe à Paul Perdrizet. Au sortir de la guerre, celui-ci instaure une signature nouvelle, horizontale et gravée de façon apparente, jamais employée du vivant du fondateur, afin de distinguer la production d'après-guerre. Les Établissements Gallé poursuivent leur activité jusque dans les années 1930.

Postérité

Les œuvres d'Émile Gallé sont conservées dans de nombreuses institutions : le musée de l'École de Nancy, le musée des Beaux-Arts de Nancy, le musée d'Orsay et le Petit Palais à Paris, les musées des Beaux-Arts de Lyon et de Reims, le musée Fin-de-Siècle à Bruxelles ou encore le Walters Art Museum de Baltimore. Son modèle d'art appliqué à l'industrie et son influence sur toute la génération de l'École de Nancy ont durablement marqué les arts décoratifs français.

À voir également

L'Art nouveauLe japonismeLe cristalLa manufacture de SarregueminesLa manufacture de SèvresL'Exposition Universelle de 1889L'Exposition Universelle de 1900

Voir nos céramiques, faïences et porcelaines


Bibliographie

Writings by the artist

Émile GALLÉ, Écrits pour l'art. Floriculture, art décoratif, notices d'exposition (1884-1889), collected by Henriette Gallé-Grimm, Paris, Renouard, 1908.

Monographs

Philippe GARNER, Émile Gallé, Paris, Flammarion.

Alastair DUNCAN and Georges de BARTHA, Glass by Gallé, London, Thames & Hudson, 1984.

Exhibition catalogues

La main aux algues et aux coquillages : le testament artistique d'Émile Gallé, exhibition catalogue, Paris, Musée d'Orsay, 2004.

Émile Gallé : nature et symbolisme, influence du Japon, exhibition catalogue, Vic-sur-Seille, Musée départemental Georges de La Tour, 2009.

Reference institutions

Musée de l'École de Nancy, City of Nancy — collections and documentation on Émile Gallé and the Alliance provinciale des industries d'art.

Musée d'Orsay, Paris — collections of glass and ceramics by Gallé.

Public collections cited

Musée de l'École de Nancy · Musée des Beaux-Arts, Nancy · Musée d'Orsay, Paris · Petit Palais, Paris · Musée des Beaux-Arts, Lyon · Musée des Beaux-Arts, Reims · Musée Fin-de-Siècle, Brussels · Walters Art Museum, Baltimore.

Émile Gallé, Plat au singe, faïence émaillée. Galerie Marc Maison
Émile Gallé, Vase à décor floral en verre multicouche gravé à l'acide. Galerie Marc Maison
Émile Gallé, Fleurs et paillons d'or. Galerie Marc Maison
Émile Gallé, Ode à la nature. Galerie Marc Maison
Émile Gallé, Variation nocturne. Galerie Marc Maison
Détail : signature gravée au revers d'une pièce. Galerie Marc Maison
Portrait d'Émile Gallé
La cristallerie de l'avenue de la Garenne a Nancy
Porte en chêne sculptée par Eugene Vallin pour les ateliers Gallé, portant la devise « Ma racine est au fond des bois ».