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Établie sur les bords de la Loire, dans le Loiret, la Faïencerie de Gien compte parmi les grandes manufactures françaises de faïence fine du XIXe siècle. Fondée en 1821 par un industriel anglais, elle s'impose en quelques décennies par ses services de table, ses pièces décoratives et ses décors inspirés de la Renaissance italienne, de Rouen ou de Delft. Les expositions universelles de 1855, 1867, 1878, 1889 et 1900 la récompensent. Plus de deux siècles plus tard, elle est toujours en activité.

Thomas Hall et la faïence « à l'anglaise »

La manufacture est fondée en 1821 par Thomas Edme Hulm, dit Hall, un Anglais dont la famille dirigeait déjà la faïencerie de Montereau. Il s'installe dans les bâtiments de l'ancien couvent des Minimes, au bord de la Loire. Le site est bien choisi : un carrefour commercial, de l'argile, du sable et des galets siliceux à proximité, et un fleuve qui permet d'acheminer le bois des forêts d'Orléans pour alimenter les fours.

Hall fabrique d'abord une faïence fine « à l'anglaise », blanche, aux formes octogonales d'inspiration orfèvrerie, destinée à concurrencer les porcelaines et les faïences importées d'Angleterre. Il relance aussi un modèle célèbre du XVIIIe siècle, le Pont-aux-Choux, d'après une fabrique parisienne de 1748, au relief en grains de riz, aux volutes et aux godrons, et dont les prises de couvercle prennent la forme d'artichauts. Les premières années sont difficiles : la manufacture connaît des difficultés financières et change de mains à plusieurs reprises dans les décennies qui suivent.

L'âge d'or, de 1850 à 1914

Le redressement vient de l'industriel Jean-Félix Bapterosses, qui possède déjà à Paris et à Briare des fabriques de boutons de porcelaine et d'émaux, et qui reprend la manufacture vers 1851. Son nom reste attaché à la maison, que ses héritiers dirigent jusqu'en 1983. Le site s'agrandit, de nouveaux fours sont construits, et plusieurs centaines d'ouvriers y travaillent.

La période 1855-1900 est celle de la reconnaissance : la manufacture reçoit des récompenses à chacune des expositions universelles de 1855, 1867, 1878, 1889 et 1900. Elle fournit aussi des services armoriés aux grandes familles d'Europe. Ses archives conservent plus de huit mille planches de cuivre gravées à la main, dont certaines datent du début du XIXe siècle : elles servent à l'impression des décors sur la faïence.

Un répertoire de styles

La force de Gien tient à son aptitude à puiser dans toutes les traditions de la céramique européenne et orientale :

— les décors Renaissance, inspirés des majoliques italiennes d'Urbino, avec leurs cartouches, leurs chimères, leurs amours et leurs rinceaux ;
— les camaïeux bleus et blancs dans le goût de Delft et les décors de type rouennais du XVIIIe siècle ;
— les décors floraux, les paysages et les sujets imprimés (scènes historiques, séries humoristiques, Langage des fleurs) ;
— les polychromies d'inspiration extrême-orientale et ottomane.

Le « bleu de Gien », mis au point à partir de 1872 par le céramiste blésois Adrien Thibault pour le décor Renaissance bleu, devient l'une des couleurs emblématiques de la maison. Le décor des Pivoines, d'inspiration japonaise, date de 1875 et reste l'un de ses grands classiques, régulièrement réédité.

Les carreaux et le métro

Gien fabrique aussi des carreaux de revêtement. La manufacture est notamment connue pour avoir fourni au début du XXe siècle les carreaux biseautés de 7,5 × 15 cm du métro parisien, dont les premiers remontent à 1906 selon l'histoire de la maison.

Le XXe siècle et la renaissance

Les guerres et les crises, puis la concurrence des productions italiennes et portugaises, fragilisent la manufacture, qui se modernise après 1945 avec de grands fours-tunnels. Elle dépose le bilan en 1983. Reprise en 1984 par Pierre Jeufroy, elle se tourne vers des collections haut de gamme, des éditions limitées peintes à la main et des collaborations avec des créateurs comme Paco Rabanne, Garouste et Bonetti, Andrée Putman, Patrick Jouin ou Isabelle de Borchgrave. Elle intègre le Comité Colbert en 1989, puis passe aux mains de Louis Grandchamp des Raux en 2002 et d'Yves de Talhouët en 2014. Elle porte le label Entreprise du Patrimoine Vivant.

Le musée de la Faïencerie

Un musée, ouvert en 1985 sur le site même de la manufacture, conserve les pièces produites depuis 1821 ; il a été rénové et rouvert à l'occasion du bicentenaire, en 2021. Le parcours explique les techniques de la faïence, de la conception à l'emballage, et présente les décors historiques.

À voir également

Vallauris — L'Art nouveau — L'Exposition Universelle de 1889 — L'Exposition Universelle de 1900

Voir nos céramiques, faïences et porcelaines


Bibliographie

Manufactory sources

Faïencerie de Gien, "History", gien.com — chronology of the manufactory since 1821.

Faïencerie de Gien, "Our museum", gien.com — the museum on the production site.

Comité Colbert, entry "Faïencerie de Gien".

Institutional and regional entries

Département du Loiret, "La Faïencerie de Gien : 198 ans de savoir-faire dans le Loiret", loiret.fr.

Maison des Arts et du Patrimoine "À la Couronne", Faïenceries : Gien, musee-asperge.fr.

Catalogues and resources

Rouillac, Gien, réunion de 200 pièces — collection J.-P. Raffestin de Vierzon, Vendôme sale, 15 February 2010 (Renaissance and Delft decors, printed series).

"Faïencerie de Gien", Wikipedia, entry drawing in particular on the work of Pascale Nourisson.

Faïencerie de Gien, assiette a decor Renaissance, XIXe siècle.
Faïencerie de Gien, plat a décor imprime, XIXe siècle.
Faïencerie de Gien, décor des Pivoines, vers 1875.
Faïencerie de Gien, modele Pont-aux-Choux.
Cachet ou marque au revers d'une piece. Galerie Marc Maison
La manufacture de Gien au bord de la Loire, carte postale ancienne.