Louis Majorelle (1859-1926)
Télécharger en PDFLouis Majorelle est, avec Émile Gallé, l'une des grandes figures de l'École de Nancy et l'un des plus importants ébénistes français de l'Art nouveau. Héritier d'une fabrique familiale de meubles et de faïence, il transforme une entreprise de meubles de style en une maison moderne, qui produit un mobilier où le bois sculpté épouse les formes du végétal et où le bronze doré fait partie intégrante du meuble. Sa carrière est durement frappée par la Première Guerre mondiale, puis reprise dans un langage Art déco.
Une fabrique familiale
Louis Majorelle naît à Toul le 26 septembre 1859. Son père, Auguste Majorelle (1825-1879), concepteur et fabricant de meubles, fonde la maison familiale, qui s'installe à Nancy au début des années 1860. Louis étudie à l'École des beaux-arts de Nancy, puis à Paris à partir de 1877, dans l'atelier du peintre Aimé Millet.
La mort de son père, en 1879, interrompt ses études : il rentre à Nancy pour diriger la fabrique avec sa mère et son frère Jules, rue Saint-Georges. Il en devient directeur artistique en 1884. Il épouse Marie Léonie Jane Kretz en 1885 ; leur fils Jacques Majorelle, né en 1886, deviendra peintre. Sa production des premières années reste celle de son temps : meubles de style, inspirés du XVIIIe siècle, et pièces d'inspiration japonisante. Une médaille d'argent à l'Exposition universelle de Paris en 1889 consacre cette première étape.
Le passage à l'Art nouveau
Dans les années 1890, Majorelle ouvre un atelier de ferronnerie (1890), puis se tourne vers un décor de marqueterie aux motifs naturalistes et symbolistes (1894). L'influence d'Émile Gallé, qui l'oriente vers un décor inspiré de la nature, est déterminante. Comme Gallé, il fonde la structure du meuble — pieds, montants, traverses — sur le dessin des plantes, avec des profils plus galbés. Le musée d'Orsay le souligne à propos de sa célèbre banquette d'angle de 1900 (voir ci-dessous).
Ses modèles les plus connus portent des noms de plantes, dont le mobilier Aux Nénuphars, présenté à l'Exposition universelle de 1900, où il siège aussi au jury. Les bronzes dorés qui soulignent les angles et forment les poignées prolongent le motif végétal dans le métal.
La maison produit à la fois des meubles de luxe fabriqués à Nancy et des meubles plus abordables, fabriqués en série à Bouxières à partir de 1905. Des magasins sont ouverts à Paris, Lyon, Lille, Oran et Alger. En 1897, Majorelle construit de nouveaux ateliers rue du Vieil-Aître. Il collabore dès 1898 avec la maison Daum pour des luminaires, et avec Henri Sauvage pour le Café de Paris, à Paris.
La villa Majorelle et l'École de Nancy
En 1901-1902, Majorelle fait construire sa maison et son atelier par le jeune architecte Henri Sauvage, assisté de Lucien Weissenburger. La villa Majorelle est une œuvre collective : Majorelle réalise le mobilier, la ferronnerie et les boiseries, Jacques Gruber les vitraux, Alexandre Bigot les céramiques de façade et la cheminée de la salle à manger, et Francis Jourdain participe au mobilier et peint la frise d'oiseaux de la salle à manger. Elle est protégée au titre des monuments historiques depuis 1975.
En 1901, Majorelle est l'un des fondateurs de l'École de Nancy (Alliance provinciale des industries d'art) et l'un de ses vice-présidents. Il y côtoie Gallé, les frères Daum, Gruber, Eugène Vallin et Victor Prouvé. Le mécène Eugène Corbin, propriétaire des Magasins Réunis de Nancy, lui commande le mobilier de sa résidence d'été des Eaux Bleues, à Liverdun, pour laquelle est conçue la banquette d'angle de 1900 conservée au musée d'Orsay ; la demeure abrite aujourd'hui le musée de l'École de Nancy.
1916 et l'après-guerre
La guerre frappe durement Nancy. En 1916, la fabrique de la rue du Vieil-Aître et une partie de la villa sont détruites ou gravement endommagées, avec les dessins, moules, récompenses et archives de la maison ; en 1917, le magasin de la rue Saint-Georges est détruit par un bombardement. Majorelle s'installe à Paris, retourne à la peinture à l'académie Julian et réalise avec Antonin Daum des verreries cloisonnées, avant de reconstruire ses ateliers nancéiens.
Après la guerre, il rouvre sa fabrique et ses magasins. Le style a changé : aux courbes végétales succède une géométrie plus tendue, qui rattache ses dernières œuvres à l'Art déco.
Louis Majorelle meurt à Nancy le 15 janvier 1926. Son frère Jules reprend la gestion de l'entreprise, et Alfred Lévy en dirige la création. Le magasin de la rue Saint-Georges ferme en 1951 ; les ateliers cessent leur activité en 1956 selon le musée de l'École de Nancy (certaines sources donnent 1931 pour la fermeture des usines).
Postérité
Faute de moyens, la famille ne peut conserver la villa après la mort de Majorelle : la maison est vendue, puis occupée par des bureaux de l'administration des Ponts et Chaussées et très modifiée. Elle appartient aujourd'hui à la Ville de Nancy, qui l'ouvre à la visite. La chambre à coucher de la villa, acquise en 1982, est conservée au musée de l'École de Nancy, qui détient un important ensemble de meubles de l'artiste, dont le fauteuil Aux Nénuphars. Le musée d'Orsay conserve aussi sa banquette d'angle de 1900.
À voir également : Émile Gallé — L'Art nouveau — Victor Horta — Hector Guimard — Le japonisme — Le style Art déco — Le bronze doré
Bibliographie
Institutional sources
Musée de l'École de Nancy, Nancy, "The protagonists of the École de Nancy: Louis Majorelle" (biography and chronology of the Majorelle firm).
Musée d'Orsay, Paris, Corner banquette, 1900, varnished walnut, OAO 331, from Les Eaux Bleues, Eugène Corbin's residence at Liverdun.
Marc Bascou, Marie-Madeleine Massé, Philippe Thiébaut, Musée d'Orsay. Catalogue sommaire illustré des arts décoratifs, Paris, Réunion des musées nationaux, 1988, p. 169.
Online resources
"Louis Majorelle" and "Villa Majorelle", Wikipedia (English version).


