Antoine-Louis Barye (1795-1875)
Télécharger en PDFAntoine-Louis Barye est le plus grand sculpteur animalier du XIXe siècle et l'un des noms majeurs du romantisme français. Fils d'orfèvre formé au travail des métaux avant d'être formé à la sculpture, il imposa l'animal comme sujet à part entière, au même titre que la figure humaine, et fit de l'observation anatomique la base de son art. Sa carrière, qui s'étend sur près d'un demi-siècle, se confond par ailleurs avec l'histoire du bronze d'édition : Barye fut l'un des premiers sculpteurs à vouloir éditer et commercialiser lui-même ses modèles.
Un fils d'orfèvre
Antoine-Louis Barye naît à Paris le 24 septembre 1795, dans un milieu modeste d'artisans bijoutiers. Son père, Pierre Barye, descend d'une lignée d'orfèvres lyonnais et exerce lui-même ce métier. L'enfant est placé dès l'âge de treize ans chez Fourier, graveur sur métaux travaillant pour l'équipement militaire, où il apprend la gravure, la ciselure et le repoussé.
La conscription interrompt cet apprentissage. En 1812, l'Empire réclame des hommes : Barye est incorporé à la brigade topographique du Génie, puis au deuxième bataillon des sapeurs. Démobilisé le 30 mars 1814, tout juste âgé de dix-huit ans, il retrouve l'atelier Fourier.
Sa vocation se précise ensuite rapidement. En 1816, il entre dans l'atelier de François-Joseph Bosio, sculpteur officiel de Napoléon Ier puis de Louis XVIII, pour y apprendre le modelage, et suit parallèlement l'enseignement du peintre Antoine-Jean Gros pour le dessin. Il est admis à l'École des beaux-arts en 1818. Candidat malheureux au prix de Rome, il quitte l'École sans l'avoir obtenu et entre, en 1823, chez l'orfèvre Jacques-Henri Fauconnier, où il restera huit ans. Ce passage est décisif : Barye y modèle des animaux destinés à l'orfèvrerie et y acquiert une connaissance intime des procédés de la fonte et de la ciselure qui le distinguera toute sa vie des sculpteurs formés uniquement au marbre.
Le Jardin des Plantes
Dans le même temps, Barye fréquente assidûment la ménagerie du Muséum national d'histoire naturelle, au Jardin des Plantes, en compagnie de son ami Eugène Delacroix. Les deux artistes y dessinent les fauves d'après nature, assistent aux dissections et relèvent des mesures. Barye constitue ainsi une documentation anatomique d'une précision inédite, complétée par l'étude des squelettes et par des moulages.
De cette méthode naît la singularité de son œuvre. Chez lui, l'animal n'est ni une allégorie ni un ornement : c'est un être observé, saisi dans la tension du combat ou l'immobilité du guet, dont la musculature et l'ossature sont exactes. C'est cette rigueur scientifique, mise au service d'un tempérament romantique, qui fonde sa réputation.
Les Salons de 1831 et 1833
Barye se fait connaître du jour au lendemain. Au Salon de 1831, il expose Tigre dévorant un gavial, qui fait sensation et le désigne aussitôt comme le premier sculpteur romantique. Le Salon de 1833 confirme et amplifie ce succès avec Lion au serpent, son œuvre la plus célèbre, qui lui vaut une médaille de première classe et la croix de chevalier de la Légion d'honneur.
La suite est plus rude. En 1837, le jury du Salon refuse ses envois, jugeant que ses bronzes relèvent de l'industrie plutôt que de l'art — reproche récurrent adressé à la sculpture d'édition. Blessé, Barye cesse d'exposer au Salon et n'y reviendra qu'au tournant des années 1850. Il n'en continue pas moins de produire : le Salon de 1843 voit tout de même paraître l'un de ses chefs-d'œuvre, Thésée combattant le centaure Biénor.
Le surtout de table du duc d'Orléans
Entre 1834 et 1839, Barye réalise pour Ferdinand-Philippe d'Orléans, fils aîné de Louis-Philippe et son plus fidèle protecteur, un surtout de table monumental qui constitue l'une de ses entreprises les plus ambitieuses. Composé de groupes de chasse et d'animaux en lutte, cet ensemble, conçu comme un décor de table mais traité en véritable sculpture, témoigne de l'ambition de l'artiste : faire de l'objet d'ameublement un support d'art à part entière.
Éditeur de ses propres bronzes
C'est là que la carrière de Barye prend une tournure qui n'appartient qu'à lui. Vers 1838, il ouvre sa propre fonderie, puis un magasin l'année suivante, afin de maîtriser de bout en bout la fabrication et la vente de ses œuvres. Il s'agit, à une époque où les sculpteurs dépendent entièrement des éditeurs et des industriels du bronze, de protéger à la fois l'invention artistique et les intérêts financiers de l'artiste. Barye aidera d'ailleurs les ouvriers et fondeurs du bronze à s'organiser en sociétés professionnelles.
L'entreprise se heurte toutefois aux réalités économiques. Les difficultés s'accumulent et le contraignent à s'associer avec l'industriel Émile Martin, spécialisé dans la fonte. Pendant treize années, Barye perd le contrôle de l'édition de ses propres bronzes.
La situation se redresse au milieu des années 1850. Nommé en octobre 1854 professeur de dessin de zoologie au Muséum d'histoire naturelle, il dispose enfin d'un traitement régulier ; les commandes de l'État reprennent. En 1857, il reprend la main sur sa production et constitue l'atelier Barye, réunissant sculpteurs, ciseleurs et patineurs, qu'il dirigera jusqu'à sa mort. L'édition en petits formats lui permet alors de toucher un public très large, en France comme à l'étranger.
Le sculpteur du Second Empire
Barye avait été nommé en 1848 conservateur de la galerie des plâtres du Louvre. Sous le Second Empire, il devient de fait le sculpteur animalier officiel du régime. Il participe au décor du nouveau Louvre, pour lequel il exécute les grands groupes allégoriques des pavillons — la Guerre, la Paix, la Force et l'Ordre — ainsi que des reliefs. Son Lion au serpent, agrandi, orne le jardin des Tuileries. Il réalise enfin le monument équestre de Napoléon Ier pour Ajaccio.
La reconnaissance institutionnelle vient tardivement. Candidat à l'Académie des beaux-arts à soixante-dix ans, il échoue ; il se représente deux ans plus tard et est élu en 1868. Les événements de 1870 l'éloignent quelques mois de Paris, à Cherbourg. Il meurt à Paris le 25 juin 1875.
La diffusion de l'œuvre
Barye fut, de son vivant déjà, l'un des sculpteurs français les plus recherchés des collectionneurs américains, qui constituèrent très tôt d'importants ensembles de ses bronzes. Après sa mort, ses modèles passèrent entre les mains d'éditeurs, au premier rang desquels la maison Barbedienne, qui en assura de nombreuses fontes à partir des années 1880 et dont les tirages portent, à côté de la signature Barye, la marque du fondeur.
Cette double vie de l'œuvre — les fontes conduites par l'artiste ou son atelier d'une part, les éditions posthumes d'autre part — explique la très large diffusion de ses modèles et la place singulière qu'il occupe dans l'histoire du bronze français. Ses élèves et ses suiveurs, nombreux, prolongèrent longtemps après lui le genre animalier qu'il avait fondé.
Postérité
Les œuvres d'Antoine-Louis Barye sont conservées au musée du Louvre, au musée d'Orsay et au musée des Arts décoratifs à Paris, ainsi que dans de nombreuses institutions américaines, en particulier le Walters Art Museum de Baltimore, qui abrite l'un des ensembles les plus complets au monde, le Metropolitan Museum of Art de New York, le Philadelphia Museum of Art et le Fogg Art Museum de Cambridge.
À voir également
Ferdinand Barbedienne — Christophe Fratin — Mathurin Moreau — La fonderie du Val d'Osne — Albert-Ernest Carrier-Belleuse — Le bronze doré — Le style Napoléon III
Bibliographie
Catalogue raisonné
Michel POLETTI and Alain RICHARME, Barye. Catalogue raisonné des sculptures, Paris, Gallimard, 2000.
Monographs
Monsieur Barye, Lausanne, Éditions Acatos, 2003, 322 pp. — a comprehensive study of the man, the work and its context, including catalogues of the bronze editions produced in the artist's lifetime and of the posthumous editions.
Charles DE KAY, Barye, Life and Works, New York, 1889.
Reference institutions
Musée du Louvre, Department of Sculpture — decoration of the new Louvre and bronze collections.
Walters Art Museum, Baltimore — one of the most complete holdings of Barye's work in the world.
Musée des Arts Décoratifs, Paris — Barbedienne editions after Barye.
Public collections cited
Musée du Louvre, Paris · Musée d'Orsay, Paris · Musée des Arts Décoratifs, Paris · Walters Art Museum, Baltimore · Metropolitan Museum of Art, New York · Philadelphia Museum of Art · Fogg Art Museum, Cambridge, Massachusetts.


