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Pendant plus d'un siècle, la faïencerie de Choisy-le-Roi, dans le Val-de-Marne, a été l'une des plus importantes manufactures de faïence de France. Fondée en 1804 sur une partie de l'ancien domaine royal, elle devient sous la direction de la famille Boulenger un empire industriel : services de table vendus dans le monde entier, pièces d'art monumentales, panneaux de revêtement pour façades et carreaux de métro. Elle a fait vivre des milliers de familles de la ville, jusqu'à sa fermeture dans les années 1930.

Les frères Paillart (1804-1836)

La manufacture est fondée par les trois frères Paillart — Valentin, Melchior et Nicolas —, qui achètent le 11 mai 1805 (21 floréal an XIII) un terrain de quatre hectares sur une partie des anciens bâtiments du château royal ; la date de 1804, retenue par la tradition, figure sur la grille d'entrée. Jusqu'en 1824, les Paillart sont propriétaires de l'usine. Valentin Paillart la dirige ensuite avec son associé Hippolyte Hautin.

La manufacture produit de la faïence fine, procédé venu d'Angleterre qui imite la porcelaine, et pratique très tôt l'impression des décors sur la faïence, dès 1808 selon certaines sources.

La famille Boulenger

En 1836, Paillart se retire : Hautin s'associe à Louis Boulenger, dont la famille dirigera la manufacture jusqu'à sa fermeture. En 1863, son fils Hippolyte Boulenger (1836-1892) en devient seul propriétaire. En 1878, l'entreprise est transformée en société anonyme, la Société Hippolyte Boulenger et Compagnie, et ses ateliers sont agrandis. Hippolyte meurt en 1892 ; la direction passe à ses successeurs de la famille.

L'usine emploie environ 300 personnes en 1860, 1 300 en 1900 et jusqu'à 1 400 dans les années 1930. Vers 1880, la production atteint environ 300 000 pièces par semaine.

Une production à deux visages

La manufacture a deux activités complémentaires. D'un côté, la production courante : vaisselle, services à thé et à café, sanitaires et vases, vendus en France et à l'étranger. De l'autre, des pièces d'art, parfois monumentales, destinées aux amateurs fortunés et présentées aux expositions à partir de 1867. Le répertoire est vaste : services décorés de séries thématiques, assiettes à rébus et assiettes publicitaires, dînettes miniatures, plats d'inspiration Palissy, art funéraire, corps de pendules.

Le sculpteur Louis-Robert Carrier-Belleuse (1848-1913), fils d'Albert-Ernest Carrier-Belleuse, travaille pour la manufacture, dont il est directeur artistique à partir de 1889 : il y réalise des bustes et des modèles de vases, comme le vase en grès Uranie, présenté à l'exposition de 1902.

La céramique architecturale

À partir de 1878, de nouveaux ateliers sont consacrés à la céramique d'art et au décor architectural en émaux cloisonnés. La maison Boulenger fournit des panneaux de façade, des frises et des revêtements, dont certains portent son nom : l'inscription H-B & Cie Choisy-le-Roi figure sur des panneaux de motifs recomposés d'après ses catalogues de la fin du XIXe siècle.

Son siège parisien est lui-même une vitrine. En 1889, Paul Boulenger confie aux architectes G. Jacottin et Ernest Brunarius la construction du nouveau siège du 18, rue de Paradis, à Paris, entrepôt et salle d'exposition dont la façade et les cours sont revêtues de carreaux, de mosaïques et de panneaux de la maison. Les grandes compositions du passage sont attribuées en grande partie au peintre et céramiste Alexandre-Joseph Arnoux, qui dirigeait l'atelier de décoration. L'édifice, devenu au XXe siècle musée de l'Affiche, abrite aujourd'hui une école.

Les carreaux du métro

La maison Boulenger est liée à jamais à un objet de la vie quotidienne : le carreau blanc biseauté des stations du métro parisien. Elle en fournit environ les deux tiers à l'ouverture de la première ligne, en 1900, en partageant le marché avec la faïencerie de Gien. Vers 1930, près de 200 000 carreaux sortent chaque semaine des fours de Choisy.

Une ville de faïenciers

La famille Boulenger possède à la fin du XIXe siècle environ un tiers du territoire de Choisy-le-Roi, y compris le château. Elle y mène une politique sociale : crèche et asile (1867), école de garçons (1872), fanfare (1875), pensionnat d'apprentis (1883), caisse d'épargne, société de secours mutuels et coopérative alimentaire. À partir des années 1880, elle fait construire le quartier des Gondoles et la « Villa des faïenciers », sur le modèle de la cité ouvrière d'Émile Müller à Mulhouse. Plusieurs rues de la ville portent le nom de faïenciers.

Les marques

D'après la ville de Choisy-le-Roi, les marques ont évolué avec les propriétaires : une étoile incisée de 1804 à 1823, un écusson incisé de 1824 à 1835, H & B (Hautin et Boulenger) de 1836 à 1863, H·B de 1863 à 1878, puis Hte Boulenger & Cie à partir de 1878.

La fermeture et l'héritage

Dans les années 1920, le groupe rachète les manufactures de Creil et de Montereau et prend le nom de H.B.C.M. Mais les difficultés s'accumulent : des grèves éclatent en 1936 ; les ateliers de Choisy ferment définitivement dans les années 1930 (1934, 1936 ou 1938 selon les sources). Ceux de Montereau poursuivent jusqu'en 1955. Les bâtiments de Choisy sont démolis à partir de 1952, et une dalle commerciale occupe aujourd'hui le site. L'entreprise de revêtements fondée sous le nom d'Établissement Boulenger en 1967 existe toujours, selon le musée d'Orsay.

Le musée d'Orsay conserve un Plat du service « Grands oiseaux » de la manufacture, vers 1890-1894. Beaucoup de maisons de la ville portent encore des décors de faïence, et le carreau de métro perpétue la mémoire de Choisy.

À voir également

La Faïencerie de Gien — Émile Müller — L'Art nouveau — L'Exposition Universelle de 1889 — L'Exposition Universelle de 1900 — Louis-Robert Carrier-Belleuse et la Faïencerie de Choisy-le-Roi : « Uranie », vase en grès exposé en 1902

Voir nos céramiques, faïences et porcelaines


Bibliographie

Institutional sources

Town of Choisy-le-Roi, municipal archives department, La faïencerie Hippolyte Boulenger et Cie, Choisy-le-Roi, 1804-1936, brochure, December 2005 (online at choisyleroi.fr).

Town of Choisy-le-Roi, "La faïencerie Boulenger", Heritage section, choisyleroi.fr.

Musée d'Orsay, Paris, entry "Boulenger et Cie" (no. 4976) — history of the manufactory; Dish from the "Grands oiseaux" service, about 1890-1894.

Studies and articles

Association Louis Luc, La faïencerie de Choisy-le-Roi (1804-1938), Choisy-le-Roi, 1999 (Cahier no. 5).

Hélène BOUGIE, master's thesis on the Choisy-le-Roi faience works, Université Paris XII, 1982; DEA thesis, École des hautes études en sciences sociales, 1986 (Choisy-le-Roi municipal archives).

Claude FRANK, "La fine faïence de Choisy-le-Roi", Antiquités Brocante, no. 138.

Françoise MARY, "Les panneaux marqués de la Faïencerie de Choisy-le-Roi", ceramique-architecturale.fr, 2013 (updated 2015).

Manufactory catalogues

Revêtements céramiques Hte Boulenger & Cie : faïencerie de Choisy-le-Roi et tuilerie de Vitry-sur-Seine, catalogue, 1898 (digitised on the Internet Archive).

Faiencerie de Choisy-le-Roi, assiette, XIXe siecle.
Louis-Robert Carrier-Belleuse et la Faiencerie de Choisy-le-Roi, vase « Uranie » en gres, expose en 1902. Galerie Marc Maison
Marque « Hte Boulenger & Cie / Choisy-le-Roi » au revers d'une piece.
Le siege de la maison Boulenger, 18 rue de Paradis, Paris 10e, facade et passage decores de ceramiques.
Panneau de facade signe « H-B & Cie Choisy-le-Roi ».
Catalogue « Revetements ceramiques Hte Boulenger & Cie », 1898.